Une présidente avec seulement 3% d’approbation populaire vient de doubler son salaire, passant de 4 500 à 10 000 dollars mensuels. Cette décision de Dina Boluarte au Pérou illustre de manière saisissante la déconnexion entre élites politiques et populations, un phénomène que l’on observe également dans d’autres démocraties occidentales.
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ToggleL’art de justifier l’injustifiable par la comparaison
Le ministre de l’Économie péruvien, Raúl Pérez Reyes, a déployé une rhétorique familière : la comparaison régionale. Selon une étude de l’Autorité Nationale du Service Civil, le salaire de Boluarte se classait au 11e rang sur 12 pays latino-américains, juste devant la Bolivie.
Cette méthode révèle une constante des gouvernements impopulaires : détourner l’attention vers l’extérieur plutôt que d’affronter les réalités domestiques. Le président uruguayen Luis Lacalle Pou gagne effectivement 22 289 dollars mensuels, mais son pays affiche un PIB par habitant de 17 000 dollars contre 7 000 pour le Pérou.
Un économiste de l’Université de Lima explique que cette comparaison ignore délibérément les écarts de développement : « C’est comme comparer le salaire d’un conducteur routier en 2025 en France et en Roumanie sans tenir compte du coût de la vie. »
Quand l’impopularité devient record mondial
Des chiffres qui donnent le vertige
L’institut Datum Internacional révèle que 97% des Péruviens désapprouvent leur présidente, un niveau d’impopularité quasi-historique. Cette déconnexion traverse toutes les catégories sociales : 95% des 18-25 ans, 94% des classes populaires, 92% des zones urbaines.
Maria, commerçante de Lima, résume l’état d’esprit général : « Elle vit dans un autre monde pendant que nous avons du mal à joindre les deux bouts. » Ce sentiment que le travail ne paie plus résonne étrangement avec les préoccupations françaises actuelles.
Une tradition brisée au pire moment
Luis Miguel Castilla, ancien ministre de l’Économie, rappelle un fait troublant : aucun président péruvien n’avait augmenté son salaire depuis vingt ans. Cette rupture avec la tradition politique survient précisément quand la légitimité démocratique s’effrite.
L’opposition parlementaire ne s’y trompe pas. La congressiste Ruth Luque dénonce : « Dina Boluarte vit dans une autre dimension, où le Pérou est une puissance mondiale. » Cette phrase illustre parfaitement la bulle dans laquelle évoluent certains dirigeants.
Le précédent Fujimori qui hante encore
Cette augmentation salariale rappelle tristement le train de vie fastueux d’Alberto Fujimori dans les années 1990, qui avait contribué à sa chute. L’histoire péruvienne démontre que l’arrogance du pouvoir finit toujours par se retourner contre ses auteurs.
Le scandale du « Rolexgate », où Boluarte est accusée de ne pas avoir déclaré des montres de luxe, amplifie cette perception de déconnexion. Dans un pays où 78% des citoyens estiment que cette affaire nuit à la crédibilité présidentielle, doubler son salaire relève de l’inconscience politique.
Les leçons universelles d’un naufrage annoncé
Cette affaire péruvienne éclaire des dynamiques que l’on retrouve dans d’autres démocraties. Quand les dirigeants perdent le sens des réalités, ils révèlent involontairement les seuils pour être considéré riche qu’ils franchissent allègrement.
Les 2 000 manifestants qui ont défilé à Lima le 15 juillet dernier portaient un message universel : la légitimité démocratique ne se décrète pas, elle se mérite. Cette leçon dépasse largement les frontières péruviennes et interroge la relation entre représentants et représentés dans toutes les démocraties modernes.
Au final, Dina Boluarte offre malgré elle un cas d’école sur l’art de détruire sa propre légitimité. Son exemple rappelle que dans une démocratie, l’exercice du pouvoir reste toujours conditionné par l’acceptation populaire.



